Entretien avec le Directeur artistique et graphiste Cedric Richer

Cedric

Cedric Richer est un directeur artistique et graphiste pluri-disciplinaire originaire de la Martinique. Il a collaboré avec les artistes Miki Debrouya et NDX qui sont tous les deux issus de la scène Hip Hop Kréyol. Nous avons choisi d’en faire notre COTM, vous aurez donc l’occasion de le découvrir d’avantage en lisant notre entretien en trois parties. Après de longs échanges et quelques péripéties nous avons pu retracer son parcours et en savoir plus sur sa vision.

 Peux-tu te présenter et nous décrire ton parcours ?

 Cédric Richer, curieux de tout et graphiste freelance depuis 2011.

J’ai eu une scolarité aussi passable que la mention du Bac jusqu’à ce que je sache ce que je voulais vraiment.
De 2004 à 2006 j’ai étudié L’anglais à l’université des Antilles-Guyane où j’ai décroché un DEUG avant de partir à Paris. Mes parents tenaient à ce que j’obtienne un diplôme avant de pouvoir poursuivre autre chose.

À la rentrée 2006, je suis étudiant en art Graphique au sein de l’Esag Penninghen dont je sors diplômé en 2011.

L’image en mouvement commence à me passionner à partir de 2009. J’ai commencé à apprendre seul en regardant des tutoriels sur internet puis de fil en aiguille je me suis spécialisé dans la vidéo et le motion design. En parallèle, je me faisais des films personnels avec un panasonic HC-X900 (qu’un pote me prêtait) et une gopro quand j’ai pu m’en offrir une (en 2011).

Comment t’est-il venu l’envie d’être graphiste ?

J’ai toujours aimé dessiner, j’ai commencé par reproduire les classiques DBZ, X-Men, Spawn, Gunnm et compagnie. Arrivé au lycée, j’ai naturellement été attiré par le graff et j’en faisais partout dans le lycée. C’était cool.

À la fin de ma terminale (2004) un cousin qui connaissait Chris Macari m’a montré ce qu’il faisait et j’ai trouvé ça dingue. Je lui ai envoyé un mail pour connaître son parcours, il m’a progressivement pris sous son aile et on est resté proche depuis. C’est lui qui m’a dirigé vers l’école qui m’a formé.

J’ai eu la chance de pouvoir bouger avec lui et d’assister à des tournages d’artistes comme Booba, Mac tyer, Rohff, Casey et bien d’autres. Tout ça m’a permis de nourrir ma curiosité et de faire un premier pas dans les coulisses d’un mouvement que je suis depuis le collège. Echanger avec lui m’a vraiment convaincu de ce que je voulais faire.

Peux tu nous expliquer en quoi consiste ton métier ?

 En gros, je met la forme au service du fond. Mais j’ai plusieurs casquettes, ça me permet de changer de peau régulièrement.

Sinon je fais des supers bons smoothies (100% pur fruit). Je pense à la reconversion.

 Quelles sont les qualités d’un DA ?

 Le Directeur Artistique est l’élément pertinent auquel on fait appel pour développer une image au service d’une idée (un concept). Il définit la cohérence d’un projet et peut superviser toutes les étapes de production jusqu’à sa finalisation. Il doit être perfectionniste et doit pouvoir manager une équipe. Idéalement il a une excellente culture visuelle qui légitime ses approches.

 Quels sont les défis que tu rencontre dans ton métier ?

 Le premier défi évident est de toujours faire du bon boulot et de savoir gérer la pression sur des projets importants. Quand tu bosses avec des boites de pubs ou de la production TV ou cinéma, tu es une petite main dans une grande machine décisionnaire donc il faut se montrer ultra compétent, talentueux et tout le temps sociable. Aussi j’ai rarement le confort d’une routine donc mes repères sont constamment réorientés. Tout ça impose d’être dynamique et de savoir s’adapter.

Selon toi, qu’est ce qui te différencie des autres motion designers actuels ?

 Il y a beaucoup de graphistes de talent, il y a toujours meilleur que soi mais je dirais que mon sens du rythme, une culture visuelle assez riche et mon sens de l’adaptabilité sont mes points forts.

 Tu portes également la casquette de réalisateur, comment t’es venue l’envie de réaliser des clips ?

 Je me rappelle avoir été invité par Emmanuel Foucand (alias Shorty Minimum) à présenter mon projet de diplôme lors d’une Peyiz’art, un évènement destiné à promouvoir les jeunes artistes d’origine antillaise. Shorty organise des évènements culturels à Paris et manage également le rappeur Guadeloupéen Ndx. On était resté en contact et j’avais assisté à la promotion du projet d’Ndx lors d’une émission radio qu’on avait faite ensemble. Je suis tombé sur le son “Ray Charles” qu’il n’avait pas encore clippé et c’était un coup de coeur. Donc je lui ai proposé de le mettre en image et il a adhéré, puis l’aventure a commencé…

 

Lorsque l’on regarde plusieurs de tes réalisations on peut remarquer que la plupart sont en noir et blanc et ont un coté vintage. D’où vient cette obsession ?

 Ce n’est pas la première fois qu’on labellise mon travail comme étant “vintage”. Je ne pense pas qu’il le soit vraiment.

J’aime exploiter le Noir et Blanc parceque c’est un contraste primaire. Il simplifie le travail de lumière, il aide à la composition et au découpage d’une image et il peut dans certains cas soutenir la narration.
Dans le cas de “Ray Charles” de NDX, l’accent a été mis sur l’illustration de la cessité (métaphorique) évoquée par l’artiste. Il s’agissait de trouver une couleur à “l’aveuglement” du coup l’usage du noir et blanc s’est imposé naturellement. Aussi parce que je voulais une ambiance sombre et underground.
Pour “Bwè é Fimé” de Debrouya, j’ai voulu détourner l’imagerie des “films noirs” ou “polars” des années 40. Des films à l’ambiance singulière mettant en scène les premiers “anti-héros” : en général des détectives ou gansgters obscurs, souvent fumeurs et alcooliques. La particularité de ces films réside dans le fait qu’ils étaient produits avec peu de budget. Les réalisateurs de ce courant se concentraient sur la mise en scène et la lumière pour masquer leur manque de moyen tout en magnifiant leurs scènes par des contrastes bruts en noir et blanc. Sur ce clip cet usage était aussi évident.

Quels types de caméras as-tu déjà utilisé ?

 Je n’ai pour l’instant pas de caméra à moi donc lorsque je tourne je suis amené à en louer ou à me débrouiller avec un pote. J’ai déjà pu toucher à un Canon 5D Mark II, Nikon D700, D90, Canon C300, sinon j’ai une go pro, un ptit Nikon p330 et un Canon.

 Selon toi dans le métier de l’image un autodidacte aura autant sa place qu’une personne qui réalise un parcours scolaire ?

Bien sûr!! Le plus important est que ton travail soit bon et qu’il parle de lui même. J’ai eu la chance de faire une école et de me forger un réseau qui me permet de travailler aujourd’hui. Mais je pense que l’apprentissage personnel est autant voire encore plus nécessaire que la formation académique.

Donc si tu es vraiment bon je ne pense pas que tes collaborateurs feront la différence.

 Tu as également réalisé des vidéos pour la chaîne de télé ARTE ainsi que pour TEDEDUCATION. Comment se sont passées ces collaborations ?

Ça fait maintenant 5 ans que j’exerce en freelance. Un réseau solide apporte souvent de bonnes opportunités comme ce fut le cas pour ARTE, et TED-ED (et bien d’autres).

Pour Arte c’est un studio créatif (Almasty.fr) qui m’a commandé des animations didactiques pour la nouvelle émission “Futuremag” sur Arte. Je n’ai pas bossé en direct avec leur client, mes collègues de Almasty faisaient l’intermédiaire. C’était une prod très courte pour des formats tout aussi courts (4 animations de 40sec à 1 min). J’ai travaillé vite et bien, tout le monde était content.
En revanche, mon travail pour TED-ED était un vrai challenge, il s’agissait de concevoir une animation didactique illustrant la voix-off d’un scientifique du CERN : j’ai dû faire des recherches, assimiler le sujet, proposer une direction artistique, produire toutes les planches de référence, l’animation et les modifs en 1 mois pour une vidéo de 6 minutes.
J’étais en lien direct par mail avec le client et avec Jasper Kirkby, l’expert du CERN qui présentait ses recherches à l’aide de mon animation.
Je vous laisse imaginer à quel point c’était gratifiant quand la validation est tombée… (je faisais le moonwalk dans mon salon.)

 Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

Je suis très ouvert. Je suis fan de la qualité. Quand je réalise un clip c’est par coup de coeur (ce qui explique pourquoi j’ai mis 2 ans avant de me réengager sur un clip) et je découvre ou re-découvre des artistes chaque semaine. Donc je n’ai pas vraiment de noms à lâcher. Ça serait trop évident de nommer les jeunes rebelles américains qui me font rêver (Kendrick Lamar, Joey Badass, J.cole, Ab-soul, Childish Gambino,…etc).
Pour l’instant je me concentre sur ceux qui connaissent maintenant mon travail et qui m’ont déjà fait l’honneur de me contacter. Des artistes de rap, nu-soul, et dancehall.

Tu as pu travailler avec Chris Macari sur le clip RTC de Booba. Comment s’est passé cette collaboration et quel a été ton rôle ?

 Chris cherchait quelqu’un pour réaliser des animations inspirées des teasers de films hollywoodiens et me l’a proposé. J’ai accepté avec joie et j’ai produit les animations en un peu plus d’un week-end.

 Avec quel logiciel travailles-tu le plus souvent ?

 Je travaille avec la suite Adobe. Pour produire de l’animation, et des vfx, j’utilise essentiellement After Effect.

As-tu des projets en cours ?

 Je continue ma route en freelance en tant que motion designer pour des studios de création, des boites de pubs ou des prods de TV ou cinéma. Sinon j’ai des projets de clips et de court métrage d’animation en gestation.

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3 Comments

  1. Encore une superbe interview, beau boulot. Bonne continuation Cedric!

  2. Anonyme

    Bravo Cédric !!!

    Entre nous, ta scolarité n’a pas été si passable que tu veux le faire croire quand tu étais au Lycée.
    Je te félicite pour ce bon boulot que tu réalises avec autant de brio et de sérieux.

    Encore BRAVO !!!

  3. Anonyme

    Un grand Big Up (y)

Répondre à Manuel "SainxART" Sainsily Annuler la réponse.