Serigne Mbaye Gueye que l’on connaît plutôt sous le pseudonyme de Disiz (anciennement Disiz la peste) est un artiste que l’on ne présente plus, en tout cas pas au sein de l’univers du rap français. Après Lucide et Extra-lucide, le métis sénégalo-belge a sorti son troisième album Trans-lucide en mars 2014. Le clip « Fuck les problèmes » que Clipperz vous propose de décrypter à travers la caméra de Gagan est sorti en décembre 2013.

F u c k   l e s   p r o b l è m e s

« Tu crois plus en l’amour, ton seul langage, c’est la violence, personne ne le sait, mais y’a des raisons à tout ça, et c’est trop lourd à porter, pourtant, tu le garderas pour toi »

Dans le clip, l’artiste nous conte l’histoire d’un jeune homme entré dans le cercle vicieux de l’alcool et la drogue pour fuir ses problèmes. Plus qu’un simple clip, il s’agit d’une véritable production audiovisuelle dont il convient de souligner les éléments.

Le clip en lui-même se divise en trois parties principales, le passage avant, pendant et après la baignoire.

« Avant de tourner, je savais déjà quelle serait ma référence pour l’idée principale du clip. Elle est issue du film Trainspotting (sorti le 19 juin 1996). A un moment, le personnage principal regarde dans les toilettes, y plonge et se retrouve dans un océan. Par la suite, tout lui devient lumineux. J’ai voulu refaire ce passage avec une baignoire » nous relate Gagan.

En effet, durant la première partie du clip, le personnage principal se réfugie dans l’alcool et la drogue pour fuir ses problèmes, ce qui est d’ailleurs résumé par le pré-refrain chanté par Disiz « Weed, oseille, fille, bouteille, stress, égo, haine, problème ». Ainsi, afin de transmettre l’oppression dans laquelle le personnage se trouve, le réalisateur a choisi des plans non-esthétiques : ils sont cadrés et la caméra bouge peu. Certains plans sont en noirs et blancs. On retrouve un univers sombre qui est la marque de fabrique de Gagan.

A 1 minute 05, le personnage principal, alcoolisé et drogué plonge dans une baignoire, ce qui marque une transition tant au sein du clip que dans la vie du protagoniste. Ce dernier se retrouve alors au bord de l’océan, trempé et aperçoit au loin une femme, qui est la sienne. Elle porte un foulard bleu et son parapluie est également de couleur bleue. « J’ai essayé de reprendre le concept de Disiz, avec la pilule bleu et la pilule rouge mais je suis certain que personne n’a remarqué. La couleur bleue symbolise le rêve alors que le rouge, la réalité. » nous apprend Gagan.

D’un point de vue technique, Gagan nous confie que la piscine ayant permis le lien entre la baignoire et l’océan, a été trouvée trois jours seulement avant le tournage. « Trois jours avant le tournage, j’avais la liste de tous les lieux où je voulais tourner. Il ne me manquait que la piscine. Heureusement, je connaissais l’ami d’un ami d’un maître nageur dans le 77 qui aimait bien ce que faisait Disiz. Il nous a mis en relation avec le patron, qui nous a fourni l’autorisation de tourner dans sa piscine et cela gratuitement ». Pas facile cependant de réaliser des plans sous-marins.

« Dans tout tournage, il y a toujours un imprévu. Pour celui-ci, il y avait un problème de câble : c’était du triphasé, et la piscine était en monophasé. Notre électricien a finalement réussi à bidouiller les câbles mais on a quand même perdu 3 heures de tournage. » poursuit Gagan.

scene piscine

Deuxième plongée sous l’eau, le personnage se retrouve cette fois dans une forêt. Il porte autour de son cou un médaillon bleu, qui est en fait un clin d’oeil aux deux couleurs composant la pilule de Disiz et synonyme ici de lumière. « Quand le personnage était dans la période avant la baignoire, le médaillon était rouge, quand il était dans la partie plus « rêve », donc après la baignoire, il était bleu » nous explique le réalisateur. Ce plan marque la fin de sa période sombre et l’on passe désormais à une phase plus lumineuse où le jeune homme décide de se reprendre en main.

En effet, à 2.40 le personnage sort enfin de son voyage « sous-marin » Gagan a choisi des plans plus esthétiques ainsi que des mouvements fluides de la caméra. Pour cela l’utilisation de grues a été nécessaire, notamment pour les plans plus larges. Au niveau de l’image, on remarque plus de couleurs et de lumière, ce qui va de pair avec le changement radical des pensées et de la vie du jeune homme incarnant le personnage principal.

A la fin du clip, le jeune homme retourne dans la réalité avec sa femme, qui porte désormais un foulard rouge. Ce dernier manifeste le symbole de l’espoir et d’une certaine idée du bonheur retrouvée.

Finalement, il convient de voir au-delà de la caméra : essayer de comprendre les émotions que le réalisateur tente de transmettre à travers ses yeux, sa caméra.

DISIZ

Interview: Jadine labbe Pacheco

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