« Gagan » de son vrai prénom Morgan est un jeune réalisateur et chef opérateur âgé de 25 ans. Ayant déjà travaillé pour Disiz, Pesoa mais encore d’autres artistes comme 3010, Clipperz est allé à sa rencontre afin d’avoir sa vision du métier dans l’univers audiovisuel et musical. C’est vêtu de noir et des lunettes de vue posées sur le nez qu’il se présenta au rendez-vous, à la terrasse d’un célèbre café, cours Saint-Émilion dans le 13ème arrondissement de Paris.

Quel est ton parcours  ?

J’ai commencé en 2009 dans l’image mais je faisais que de la photo puisqu’à la base j’ai une formation d’ingénieur. J’étais dessinateur projeteur mais j’ai du changé de domaine pour diverses raisons. Puis j’ai lancé une marque « BMG Carré », j’ai alors rencontré un artiste surnommé « L’international » et c’est lui qui m’a vraiment fait aimé la photo, avant je n’en faisais pas. Puis de fil en aiguille je suis arrivé à la vidéo. J’ai ensuite fait une école, SAE Institute, où j’ai pu développer un style mais à la base je n’étais pas du tout prédestiné à ce métier. J’ai en effet une licence de conception industrielle obtenue à Léonard de Vinci à la défense, à Paris, qui n’a rien à voir avec l’image.

Quel est le premier clip que tu as réalisé ?

C’était un clip de zouk, de l’artiste Ericka en 2011, « Tu es parfait ». Mais ça n’a rien à voir avec ce que je fais maintenant. Je ne connaissais rien, je n’avais jamais ouvert un logiciel de montage. J’avais juste mon appareil photo, le 5D, c’était en total free-style. Je peux dire que je suis professionnel depuis 2 ans. Avant cette période, je n’avais pas de technique. C’est en entrant dans l’école que j’ai pu en obtenir. Et là c’est mon métier depuis un an, je peux en vivre.

De plus, je suis plus axé vers le hip-hop et la musique alternative avec des artistes comme Banks ou encore London Grammar. Le zouk j’aime moins. Comme je suis antillais, j’avais des contacts, j’ai donc commencé par ça mais disons que ce n’est pas un milieu vers lequel je voulais aller. Au début on ne fait pas le difficile. Le zouk ne correspond pas trop à mon univers ne serait-ce qu’au niveau de l’image.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans le métier?

Les difficultés sont les mêmes qu’à mes débuts, c’est à dire de faire des mois complets. Même si on commence à me connaître dans le milieu, ce n’est pas facile encore aujourd’hui de faire des mois complets. Ensuite viennent les difficultés mentales. C’est un métier où il faut s’accrocher, certains moments tu ne travailles pas pendant deux mois et tu demandes pourquoi tu fais ça, parce qu’il faut payer les factures. SI on aime pas ce métier, je pense qu’il est impossible de le faire.

Tu es donc réalisateur et chef opérateur. As-tu une préférence?

J’aime vraiment les deux facettes. Quand je suis chef op, je ne m’occupe que de l’organisation visuelle du clip, cela demande un gros travail technique de préparer les bases lumières, de faire des recherches pour se rapprocher de la demande du réa. Chef op’ c’est le côté technique en plus du côté artistique. En tant que réa c’est vraiment toi qui dirige le navire, la dimension artistique entre en jeu.

De qui se compose ton équipe ?

En tant que réalisateur il y a en premier lieu mon chef op, Maxime Fournier, qui s’occupe de la lumière. Vient ensuite un cadreur, Vivi Whatt. On s’est rencontré à l’école et ils travaillent aujourd’hui avec moi sur la plupart des gros projets. Ensuite je suis chef opérateur pour plusieurs réalisateurs qui sont Grtzky et Johann Dorlipo, surnommé « Keezy ». Ce dernier est un ami de longue date et est réalisateur de certains clips de Disiz ainsi que pour Chris Macari.

 

Quels artistes aimerait-tu clipper ?

En France, il y a une artiste que j’aime vraiment beaucoup c’est Indila. A l’international, je rêverai de clipper Kanye West. Si je le fais c’est bon je peux arrêter ma carrière. Concernant les milieux musicaux de façon générale,  j’aimerai vraiment faire des clips de rock car c’est un univers dont j’aime bien l’image. La variété française aussi, pourquoi pas. Je ne suis pas fermé.

Qu’est ce qu’un bon réalisateur pour toi ?

C’est un réalisateur qui aime ce qu’il fait et qui réussit à rendre son client satisfait dans un premier temps. Puis qui doit être capable de mettre sa petite touche personnelle. Pour faire de la réalisation, on se livre un peu. Il faut donc être capable de livrer des petites parties de sa vie sans que personne ne le remarque forcément.

Comment se démarquer ?

Déjà avec de la chance. La réalisation, ce sont des rencontres. Pour l’instant toutes mes grosses réalisations sont le fruit de rencontres. Par exemple, j’ai rencontré Disiz parce que Johann, mon meilleur pote depuis des années, réalisait ses clips, il m’a dit un jour « Sérigne il adore ton travail et veut faire un clip avec toi ». Mais j’avais déjà été chef opérateur pour quelques uns de ses clips comme « Rap Genius » ce qui a facilité la chose.

 

 

Tu envisages de rester dans le domaine musical ou d’aller vers d’autres horizons ?

C’est vrai que le milieu musical reste mon domaine de prédilection, mais pourquoi pas faire de la publicité. Au niveau des courts métrages j’en ai déjà réalisé un, mais finalement je n’ai pas du tout aimé le rendu. C’était trop éloigné de mon idée de base, du coup je l’ai supprimé. Mais ça me tenterait bien pour l’avenir ainsi que travailler pour certaines entreprises.

Quels sont tes projets pour l’avenir?

Le top du top serait de trouver une boîte de prod, comme HK Korp où j’ai d’ailleurs réalisé un stage de deux mois en tant que monteur. A ce propos, cela m’a aidé pour la gestion du speed. Ils tournent en effet 7 clips par semaine. Durant ces deux mois j’ai travaillé sur du Pascal Obispo, du Black M. En gros, sur une vingtaine de projets. J’en retiens que du positif.

Sinon je fais du free-lance en tant que chef op. Puis concernant la production, il faut savoir que cela implique le fait de gérer les loueurs, faire les devis, les factures. J’aimerai bien me détacher de toute la production et ne me consacrer qu’à la réalisation et à la lumière. De plus si je travaille chez HK par exemple, les budgets sont plus élevés ce qui inclut plus de possibilités. La réa, c’est un jeu.

Interview: Jadine labbe Pacheco

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