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C’est un samedi après-midi dans le quartier latin qui grouillait de touristes que Clipperz est allé à la rencontre de Johann Dorlipo, photographe et réalisateur de clips pour des artistes tels que Disiz, Hatik, Pesoa ou encore Tito Prince. Auparavant connu sous le pseudo de « Keezy 3 years old », Johann Dorlipo est aussi surnommé «L’homme à la pomme ».

Après avoir tenté de nous installer au café Malongo, rue Saint-André des Arts dans le 5ème arrondissement de Paris, nous avons été obligé de choisir une autre destination, faute de place. L’idée de se poser au Starbucks coffee est venue à nous tout naturellement, mais mauvaise nouvelle : aussi bondé que le Malongo. Nous nous sommes donc rendu à l’évidence : ça allait être comme ça dans tous les cafés du secteur. Sans vouloir perdre plus de temps, nous avons donc pris la décision de nous asseoir sur les berges de la Seine, quai saint-Michel. A peine assis, voilà que des gouttes d’eau commencent à tomber ! Après maintes péripéties, c’est finalement sous un pont que s’est déroulé l’interview, entre rires et bateaux mouches.

Comment es-tu rentré dans l’univers de la vidéo ?

Tout a commencé avec la photo. Après mon bac j’ai intégré une école de danse et je posais un peu pour des photographes, c’est comme ça que j’ai été attiré par leur matériel. En 2009, j’avais 21 ans, j’ai acheté mon propre appareil et j’ai commencé à faire de la photo avec Gagan. En 2011, Disiz m’est tombé dessus, c’est lui qui m’a lancé dans la vidéo.

Un jour j’ai croisé par hasard un ami à moi dans un magasin, Atef, qui bossait avec Disiz. Il m’a dit que ce dernier recherchait quelqu’un pour réaliser ses clips avec des images simples mais jolies. Ma première réponse a été non : faire de la vidéo ne m’intéressait pas mais deux secondes après je me suis rendu compte qu’on parlait d’un artiste que j’aime beaucoup et avec qui j’ai grandi musicalement. J’ai accepté, je lui ai envoyé quelques vidéos que j’avais faite avec Le Néocrate, mon binôme de l’époque, pour qu’il voit mon travail. Une semaine après Disiz me donnait rendez-vous chez lui.

Ton premier clip

Tout ça s’est fait très rapidement, une semaine après avoir rencontré Disiz, on tournait notre premier clip ensemble. C’était « Le poids d’un gravillon ». Puis avec Le Néocrate on a commencé a faire la quasi totalité de ses clips. Quelques temps après on s’est séparé, mais gentiment, pas d’embrouilles. Moi je suis resté très proche de Disiz parce que pendant le tournage il s’est passé des choses qui font qu’on s’est rapproché. Disiz est devenu mon grand frère en quelque sorte. C’est pour ça que je suis encore avec lui aujourd’hui.

 

Comment s’est passé la réalisation de celui-ci ?

Avant le clip on a beaucoup échangé. Disiz, c’est quelqu’un qui discute beaucoup. Même si je stressais un peu je soumettais quand même des idées. Puis je me souviens, le troisième jour de tournage avait été annulé. Avec Le Néocrate, on s’est dit allez vas y on commence le montage, même si il nous manque des prises. On a travaillé toute la nuit, et si tu veux il ne nous manquait pas d’images. Vers 7h30/8h du matin on a tout envoyé à Disiz. A 15h pas de réponse , 16h toujours pas de réponse. Je crois que c’est à 17h qu’il m’appelle enfin et là il me dit au téléphone que le clip il est nul, que ça ne va pas du tout, que c’est un travail d’amateur, que les couleurs sont moches… Pendant 5 min il me descends après il éclate de rire et il me dit « non en fait ça tue ». (rires).

Pendant qu’il me disais que ça n’allait pas, moi je lui répondais « ok ça marche » et je me disais bon ben on va recommencer, dès que je raccroche on recommence de A à Z même si mon coeur était en train de se briser en milles morceaux. Le clip est sorti le vendredi d’après. A partir de là on a enchaîné direct, chaque semaine il y avait un tournage. Même si les clips ne sortaient pas tout de suite, les images étaient faites à l’avance.

Comment se passe la phase qui précède le tournage ?

Si tu veux c’est rare que les clips soient écrits à l’avance, on s’y prend toujours au dernier moment. Par exemple « Mon amour », je l’ai clipé par hasard, parce qu’il était à une convention pour son livre à Saint-Malo. On a fait quelques prises sur la plage, juste le premier couplet. On est ensuite rentré sur Paris puis on a mis le truc sur le côté.

Un jeudi, j’étais au travail, il m’appelle et me dit qu’il aimerait bien sortir le clip le lendemain en me demandant si c’est jouable. Je finissais à 18h, fallait que j’aille à Melun récupérer mon matos, que je remonte sur paris. Le vendredi, à 7h30 le clip était fini, je lui ai envoyé, j’suis parti au travail.

Pourquoi « Keezy 3 years old » ?

Ca je l’ai supprimé, ça remonte à l’époque ou je faisais de la danse, de 17 à 21 ans. A l’école de danse, on m’appelait « Krumper » parce que je faisais du krump. Un documentaire autour de l’univers krump avait été réalisé par David La Chapelle. Quand il est sorti, ça nous a tous buté le cerveau. Après on a commencé à juste m’appeler « K ». Puis à cette période-là c’était la mode de « Breezy », « Weezy » tout ça donc c’est devenu Keezy. « 3 years old » car on me disait souvent que je manquais de maturité, que j’étais un gamin et ça correspondait à la photo.

En effet quand j’ai commencé la photo, mon regard a changé j’étais fasciné par tout et n’importe quoi, de la même manière qu’un enfant de trois ans va être fasciné par ce qu’il se passe autour de lui et qui demande tout le temps « Pourquoi ? C’est quoi ça ? »… Sauf que maintenant je n’ai plus envie de me cacher sous un pseudo, je m’appelle Johann Dorlipo.

Quels sont les clips que tu as réalisé que tu préfères ?

J’aime bien les deux clips que j’ai fait pour Pesoa, « Advena » et « Vivae ». Pour Disiz j’aime bien « La luciole » mais c’est aussi pour des raisons personnelles. En fait le clip a été tourné lors de l’anniversaire d’Atef. C’était un moment particulier, familial. Toujours pour Disiz, j’aime bien les « 2/3 de coeur gangster ».


Lorsqu’on regarde tes réalisations, on se rend compte que tu travailles souvent avec les mêmes personnes. Disiz, Hatik, Tito Prince, Pesoa…Est-ce un choix personnel ?

Oui, si tu veux, pour moi un artiste va au delà de sa musique. Donc un mec qui a un comportement complètement stupide en dehors de sa musique, ça ne va pas m’intéresser de travailler avec lui, sauf Kanye West parce que je comprends sa démarche. Mais si tu fais de la très très bonne musique et que tu es un connard en dehors, ça ne va pas m’intéresser.

Comment ça se passe, tu rencontres les gens tu vois si le feeling passe? Quelles sont tes conditions ?

Tito Prince par exemple, je le connaissais pas plus que ça mais c est une personne que j’écoutais quand j’étais au lycée et je l’avais déjà croisé deux trois fois avant. Il était assez proche de disiz à l’époque du coup, je sentais que c’était un bon gars. C’était Disiz qui nous avait connecté. Tito prince c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, le feeling est bien passé. Généralement je n’ai pas de déceptions quand je choisis un artiste avec qui travailler.

Sinon, même si je suis plutôt dans un univers hip-hop, j’aimerais bien en sortir. Un peu de tout sauf la musique afrocaribéenne qui ne me parle pas plus que ça.

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Quels sont les artistes que tu aimerais clipper ?

A l’international, Kanye West, Lorde, Lana del Rey, Banks, après il y a tous les grands du rap comme Asap Rocky, Kendrick Lamar. Au niveau national, M83 et Stromae. Après j’aurai trop voulu travailler avec Alain Souchon ou Jean-Jacques Goldman, des grands chanteurs comme ça que je respecte énormément.

Envisages-tu de rester cantonné au monde musical ou te diriger vers d’autres horizons ?

J’ai pensé à un court métrage, j’ai un ami qui écrit des nouvelles, « Gershon » . J’aimerais bien mettre en image un de ses trucs. La publicité pourquoi pas, mais plus du type les pubs de Dior, de 4/5 min, avec des budgets colossaux où tu peux faire ce que tu veux.

En parlant de budget si tu avais un budget illimité qu’aurais-tu fait ?

Franchement, je pense que j’adapterais « René » au cinéma, le livre de Disiz. Si j’avais les moyens je prendrais le top du top, au niveau des acteurs, de tout, si il fallait réadapter le scénario dans un autre pays, je le ferais aussi.

Tu travailles avec quel matériel ?

Avec un Sony a 99. Avant avec le canon 5D sauf que tout le monde travaille avec le canon, tout le monde a le meme grain donc ça me soulait un peu. Je me suis dit j’allais taper dans Sony. Le grain brille et l’appareil que j’ai fait du 50 images / secondes en 1080p contrairement aux autres appareils où tu es obligé de baisser la qualité de l’appareil photo pour faire du ralenti. Ca fait un an que je bosse avec ça.

Peut-on dire qu’il y a une touche « Johann Dorlipo » ?

C’est marrant que t’en parles puisqu’il n’y a pas longtemps j’ai eu une conversation avec Disiz, qui me disait « J’ai l’impression que t’es à 5% de tes capacités, creuses toi la tête ». Donc je me suis creusé la tête pour savoir pourquoi il m’avait dit ça. Par exemple, je respecte beaucoup mes pairs. Quand je soutiens Gagan ou Grtzky, ce n’est pas de l’hypocrisie. Ca me plait de voir leur travail et de pouvoir les aider si je peux, mais il faut être honnête. Un jour je leur ai dit « les gars on est potes mais mon but c’est de vous buter ». Mais c’est de la bonne compétition. Quand eux ils sortent un clip, ça me fait mal de voir qu’ils ont eu la bonne idée, mais ça dure 5 secondes car après ça me donne de la force parce que je me dis qu’il faut que je sois meilleur.

Du coup ça fait un mois que je me dit qu’il n’y a pas de touche Johann Dorlipo, qu’il n’y a pas ce truc qui fait que les artistes vont se dire ok c’est lui qu’il me faut, donc je travaille la dessus.

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Des projets à venir ?

Là je me prends une pause pendant un an. Je pense que je vais vraiment me mettre à fond quand je vais revenir avec Hatik ou Disiz. Il n’y a pas longtemps j’étais à Atlanta avec Grtzky mais ce n’est pas avec ça que je compte gifler les gens.

Affaire à suivre.

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