Sérapis Joël Dirat AKA SJD AKA le Japonaigre est un Motion designer, directeur artistique et réalisateur de talent. Membre du gang The Coolege, il s’est fait une place dans le milieu en proposant des visuels aux univers travaillés et propres à lui même. Nous avons choisi d’en faire notre COTM, Vous aurez donc l’occasion de le découvrir d’avantage en lisant notre entretien en trois parties. C’est un lundi matin que l’on a pu discuter de son univers et de la vision qu’il a sur le Game des clippers Français.

Peux-tu te présenter et nous décrire ton parcours ?

J’ai commencé à dessiner et être attiré par l’art dès mon plus jeune âge. Ma mère a vu du potentiel en moi et m’a inscrit aux beaux arts à 12 ans. J’avais tellement soif de connaissances qu’avec une bande d’amis on apprenait beaucoup plus de choses à l’extérieur que durant les cours.

Pour l’anecdote je n’ai pas réussi mon examen dès le premier coup, ce qui semblait incroyable pour mon entourage car j’étais loin d’être un élève avec des difficultés.

Je pense que je n’étais simplement pas fait pour suivre le format scolaire.

J’ai l’impression d’avoir appris 20 % de choses à l’école et le reste des expériences personnelles et des rencontres que j’ai pu faire durant mon parcours.

J’ai continué mon bonhomme de chemin en intégrant une école d’art et de multimédia puis je me suis formé au métier de directeur artistique. J’ai découvert le motion design par la suite en école de 3d broadcast et c’est là que je me suis dit que c’est ce que je voulais faire.

Tu as également touché au monde de la mode ?

C’est sûrement mon coté Congolais qui veut ça, mais j’ai toujours aimé chiner les magasins et rechercher des vêtements uniques. Ne trouvant pas toujours ce qui me correspondait, j’ai fini par lancer ma marque Grafikcube.

A la base c’était de la customisation, j’avais eu de très bon retour et je ne m’y attendais pas trop. On était devenu un skyblog star en peu de temps, c’était ouf.

Heureusement, ma sœur m’a aidé a gérer le projet et à le rendre plus carré.

C’était très intéressant pour moi car il m’a permis d’intégrer une agence et de travailler en tant que réalisateur pour des marques de luxe par la suite.

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Tu as créé l’émission This is how we do it dans laquelle on pouvait te suivre dans pas mal d’endroits avec The Coolege. Qu’est ce qui t’a poussé à créer ce type de contenus ?

En fait, cette émission à été créée sur un coup de tête. C’était un dimanche, j’étais avec des potes et je leur ai proposé de le faire. On a fait un pilote, on l’a balancé sur Facebook et on a eu de bons retours alors on a tout simplement continué. C’était une manière pour moi de continuer à m’exercer sur le terrain et d’en profiter pour mettre en avant notre univers et celui de personnes que l’on apprécie… This how we do it c’était de la spontanéité et de la bonne ambiance.

Tu es capable de réaliser tes visuels, vidéos, site internet, photos… développer cette polyvalence t’as t-elle été utile ?

Clairement, oui, mon parcours m’a permis de m’autogérer et d’être capable de créer mon image de A à Z. Cela m’a permis d’être polyvalent et de retranscrire ce que j’avais dans la tête sans avoir à passer par quelqu’un d’autre.

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont poussé à être curieux et ne jamais rester sur mes acquis. La vie est un éternel apprentissage.

Qui est le premier artiste avec lequel tu as collaboré en tant que réalisateur ?

Wilow Amsgood est la première personne à m’avoir confié une réalisation. Je regardais les clips à la télé et je me disais que c’était un taff pour lequel je n’avais pas les épaules. Il m’a mis en confiance et ça m’a donné foi en ce que je pouvais faire.

Tu as réalisé beaucoup de clips pour des artistes Hip Hop. Est-ce important pour toi de ne pas tomber dans le fameux cocktail drogue, armes, femmes dénudées et squattage de hall ?

Si je me rappelle bien, j’ai réalisé un clip pour Dosseh dans ce délire. Je ne suis pas contre une femme dénudée ou des armes dans un clip à partir du moment où tu peux plus ou moins le justifier.

Quitte à avoir une meuf qui twerk, j’en chercherais une qui fait des truc de ouf et qui aurait un vrai style afin de donner une valeur ajoutée au clip. Je ne veux pas faire un clip qui serait la copie d’une autre copie.

Comment définirais-tu ton univers ?

Ce serait difficile de me définir, si il y a bien quelque chose que je ne veux pas c’est d’être catalogué en étant le gars qui fait des clips de telle ou telle manière. Au contraire, ce que je recherche c’est que les gens ne sachent pas à quoi s’attendre en voyant le teaser d’un de mes clips.

Es-tu de ceux qui  pensent qu’il n’y a pas assez de folie dans le milieu Hip Hop français ?

Je pense qu’aujourd‘hui un artiste ne crée plus un besoin chez ses fans mais répond plutôt à leur demande. Le système fait qu’au lieu de tenter des choses, on finit par se bloquer.

Lorsque tu es fauché et que tu dois faire un clip, tu le fais uniquement par amour de l’art.

Donc lorsque tu as percé et que tu as la possibilité de faire plein de trucs tu finis par te mettre beaucoup plus de contraintes.

J’ai la sensation que lorsque tu es indépendant, tu fais des choses beaucoup plus belle et authentiques parce que tu n’as rien à perdre. Tandis que lorsque tu es signé en maison de disque, tu ne fais plus les choses par nécessité artistique mais par assurance.

Sous ta casquette de réalisateur, les rappeurs ou les artistes musicaux en général ont plus tendance à t’aborder en tant que simple technicien ou en tant qu’artiste ?

Tu sais, il y a des mots qui ne trompent pas. Par exemple, lorsqu’un rappeur au détour d’une conversation t’appelle le “caméraman”, ça veut tout dire. Ce sont des mots qui paraissent anodins mais qui ont leur poids. Tu comprends directement qu’il ne te voit pas comme quelqu’un qui peux apporter une véritable vision à son projet.

Tu penses que c’est dû à un manque d’ouverture d’esprit de leur part ou parce qu’ils sont habitué à des réalisateurs qui se contentent d’appliquer la même recette à chaque fois ?

C’est compliqué de faire sortir les artistes de leur confort. Retrouver un Seth Gueko en mode patate de forain où tout est énervé est beaucoup plus simple que de l’avoir dans une autre posture.

Au final les rappeurs sont les premiers à distribuer les étiquettes qu’on finit par leur coller.

Pour faire un parallèle avec le cinéma, voir jouer un acteur tel qu’Eddy Murphy dans un rôle sérieux dans le film Dream Girls est quelque chose que je trouve incroyable. Lorsque je vois ça je me dis, mais pourquoi on devrait se limiter ? Pourquoi un asiatique aurait-il forcément le rôle du mec qui fait du karaté ? Je me pose exactement la même question avec les rappeurs.

Pour nuancer un peu ce que je viens de dire, Kaaris est un rappeur qui utilise tous les codes du rap et pourtant il apporte quelque chose parce qu’il utilise son environnement. Lorsque tu regardes le clip Zoo tu sens qu’il y a un mood de fou.

Des fois je me dis que les gens qui ont réinventé le monde n’ont attendu le feu vert de personne. Le mec qui a dit que la terre était ronde, c’était trop tôt. Bon il a mal fini mais il avait raison (rires).

Tu travailles souvent avec la chanteuse Holybrune, Quelle est l’image, l’atmosphère que tu cherches à faire ressortir dans ses clips ?

En fait, avec Holybrune on essaye d’apporter quelque chose à l’image comme au son afin de développer une identité forte. Je suis son Directeur artistique et réalisateur donc je fais en sorte de lui proposer un maximum de choses. Elle me fait confiance et me laisse carte blanche.

Des fois ça peut être difficile parce que j’essaie de pousser les choses au maximum. Au final, on arrive toujours à obtenir un équilibre entre ce qu’elle souhaite et ce que je recherche.

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Crédit photo : SJD

Quelles sont les conditions à remplir pour travailler avec Le Japonaigre ?

D’abord il faut que le titre me parle mais aussi que j’aie une certaine liberté. J’essaie vraiment de garder mon intégrité artistique donc lorsque l’on me propose le direction d’un clip et que ça ne me parle pas, je fais en sorte d’éviter.

Si je n’apporte pas quelque chose au projet, j’aurai l’impression de me faire bouffer.

Tu as travaillé avec l’agence créative Spoa, qu’est-ce que ça t’a apporté en tant que réalisateur ?

Une agence telle que celle-ci peut te permettre de toucher des artistes que tu ne peux pas toucher par tes propres moyens. C’est un vrai plus d’être exposé à des personnes différentes. C’est notamment grâce à eux que j’ai pu travailler avec des artistes signés en major tels que Navii ou des marques telles que L’Oréal et Clarins.

Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

Pour la France, bosser avec un Doc Gyneco au top de sa forme, je trouverais ça très chaud.

A l’international j’aime beaucoup ce que font G-dragon et T.O.P du groupe coréen Big Bang, ces mecs sont ouf, tu as l’impression qu’ils n’ont aucune limite. Tu pourrais leur dire de porter une capote sur la tête et ils le feront si ça se trouve (rires).

Dans leur cas je trouve que les moyens sont justement mis au service de la folie artistique. Je ne comprend rien à ce qu’ils racontent mais j’aime leur vibe.

Ensuite si je devais être no limit  je clipperais Michael Jackson parce que je suis loin d’être objectif en tout ce qui le concerne (rires).

Parlons matos. Quel type de caméra utilises-tu ?

Alors j’ai 3 caméras, j’utilise un  Canon 5d, un Panasonic Gh4 et aussi une Black Magic. Je ne saurais pas comment l’expliquer mais j’adore la Black Magic. Au niveau du rendu je trouve qu’elle est top.

Avec quel software travailles-tu ?

J’utilise généralement Adobe Premier et After Effect. Avant j’utilisais Final Cut 7 mais il n’a pas trop évolué donc j’ai basculé sur la série Adobe.

As-tu des projets en cours ?

J’ai fait beaucoup de visuels pour les autres donc je pense que dans les temps à venir je me concentrerai beaucoup plus sur le baille “SJD“. Je recommencerai sûrement les émissions This is How we do it, mais beaucoup plus sérieusement. Refaire de la sape, une petite série, travailler sur mon court métrage et bien sur continuer à développer l’image d’Holybrune.